JOURNAL DE BORD D’UN CONFINE EN AFRIQUE

Episode 1 : L’Appel du colibri


Le confinement nous a tous amené à faire une pause forcée dans nos activités et surtout à nous réorganiser. Pour ma part, j’en ai profité depuis l’Afrique (Congo-Brazzaville principalement) pour vous livrer une série de réflexions sur l’après covid 19 sous la forme du « journal de bord d’un confiné en Afrique ». N'hésitez pas à partager et à échanger l’article. Merci.



De la bouche de tous les amateurs de cinéma de sciences-fictions, d’histoires catastrophiques et fin du monde, le scénario mondial actuel dépasse l’imagination. On aurait aimé tous être le spectateur d’un blockbuster américain mais malheureusement nous en sommes les principaux acteurs.

Il en va de même pour le dispositif le plus implémenté au monde à l’heure actuelle : le confinement. Mot qui n’aura plus jamais le même sens dans le dictionnaire. Le mot était souvent associé au nucléaire avec ces produits radioactifs maintenant il nous est aussi applicable.


En effet, je regardais comme tous les africains il y a quelques semaines, des villes d’Europe désertées comme jamais, des habitants obligés de rester chez eux, des travailleurs en congé technique ou en télétravail. Je me disais aussi que si l’histoire suit son cours normal, nous n’allions pas tarder à suivre le même chemin. Et c’est ce qui se passa le 31 mars 2020 à minuit. Commençait alors sur toute l’étendue du territoire Congolais, la période de confinement annoncée pour un mois.


Après une semaine de confinement, j’ai pris la décision de concevoir une série d’articles intitulé « journal de bord d’un confiné en Afrique ». Mais avant tout, permettez-moi de me présenter. Confiné Fulness Scharlemagne MANDONDO, consultant VALAURIS CONSULTING Africa au Congo Brazzaville.


A l’heure où le Corona virus est considéré comme une crise planétaire catastrophique et dévastatrice qui met à mal le système économique mondial Afrique compris, il est important pour moi de m’interroger sur le modèle économique de l’après corona virus sous 4 angles qui recouvrent la réalité économique d’un pays.

1- Consommateurs / Entreprises & Salariés- Employeurs

2- Ecole-Elèves-Etudiants

3- Administrateurs -administrés

4- Santé-patients (Téléconsultation…)

Dans mon journal de bord, je me permets, en toute humilité (et aussi parce que le temps m’y autorise), d’initier une réflexion sur ce nouveau modèle économique pour mieux préparer l’après. L’objectif est d’avoir un cadre africain de réflexion pour mieux agir et ensuite proposer des solutions innovantes. L’idée est de permettre à l’Afrique d’être là au moment du rebond économique post-corona.


Mais avant de commencer ma série d’article, il est important de vous expliquer pourquoi j’ai initié cette réflexion. En écho à ce que je nomme « l’appel du colibri », j’ai voulu avant tout identifier les facteurs clefs de réussite de cette réflexion avec l’importance de la Méthode dans une Afrique insuffisamment préparée.

I- L’appel du Colibri

Lors de la clôture de la SAM (Semaine Africaine de la Microfinance) 2019 à Ouagadougou au Burkina Faso, nous avions eu l’honneur d’écouter Jean Luc Konan, fondateur du groupe COFINA nous parler lors de la cérémonie de clôture de la légende du colibri. Cette parabole merveilleuse me toucha énormément.


Selon une légende amérindienne, un jour dans la forêt amazonienne il y eut un immense incendie de forêt. Pendant que tous les animaux atterrés, terrifiés, observaient impuissants le désastre provoqué par le feu, le petit colibri seul s’activait sans renoncer en allant chercher quelques gouttes d’eau dans une rivière avec son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou agacé par l’agitation dérisoire du colibri, lui dit que ce n’est pas avec ces gouttes d’eau qu’il éteindrait le feu. Le colibri répondit : je sais, mais je fais ma part. Et c’est ainsi qu’avec le concours de tous, le feu fût éteint.


Cette parabole résonne aujourd’hui presque comme une prophétie. Et même si je ne me déclare pas investit d’une mission, je crois en ce qu’on appelle le devoir et la responsabilité. Je me sens l’âme d’un colibri en cette période. Cet article et les prochains n’ont comme seul but : nous rappeler qu’il y a plus important que de crier au feu ou fuir pour trouver refuge ailleurs. Nous avons un devoir envers notre société congolaise. Celle de la bâtir, de la défendre, de la protéger et la préparer pour l’avenir car demain se construit aujourd’hui.


Tel le colibri, je vous fais parvenir à partir d’aujourd’hui et pour ces prochains jours mon journal de bord de confiné au Congo Brazzaville pour partager avec vous ces quelques gouttes d’eau en forme de pistes de réflexions nées de mon quotidien. Je souhaite me porter vers l’avenir avec ce journal de bord. Car nous sommes responsables de demain. Pour faire le grand saut de demain et avancer dans les domaines du digital notamment, il nous faut décider de notre positionnement. Et pour le faire il nous faut parler, comprendre, analyser, ajuster. Le temps d’agir viendra ensuite.


Il faut certes réfléchir mais pas n’importe comment. Il ne faut pas agir en demandant à des développeurs de proposer des solutions comme cela est déjà le cas mais créer un cadre de réflexion enrichi des idées des uns et des autres pour préparer l’action. Le développeur n’est qu’un colibri. Plus précisément, il intervient en seconde ligne après la réflexion et pas du tout avant. D’où l’importance de l’identification et du rôle des acteurs (les autres colibris) et de la méthode appropriée.

II- De l’importance du rôle des acteurs projet et de la méthode comme facteurs clefs de réussite

L’enseignement de cette crise sanitaire implique la nécessité de ne pas se précipiter mais surtout de peser le pour et le contre de chaque solution que l’on entreprendra. On semble avoir compris qu’il est urgent de réinventer la digitalisation dans chaque secteur d’activité pour mieux faire face aux difficultés économiques en période de crise mais il ne faut pas le faire pour des raisons marketing mais bel et bien pour répondre à un vrai besoin. Et cela nécessite un cadrage de ces solutions.


On a souvent tendance dans les projets en Afrique à « demander aux développeurs de développer sans cahier de charge ». Si cahier des charges il y a, il ne s’agit que d’une liste de fonctionnalités et non des règles de fonctionnement attendues pour ces fonctionnalités. Ne développons pas pour développer. Profitons de cette crise pour acquérir de nouveaux réflexes plus sains et plus efficients parce que les solutions technologiques ne sont pas que le fait de développeurs et ne se font pas n’importe comment.


Pourquoi, les solutions technologiques ne sont pas le que le fait de développeurs ? Parce qu’il n’y a pas un mais plusieurs colibris. En Afrique en cas de problème technologique, on fait appel aux développeurs que l’on présente comme faiseurs de miracle. Rappelez-vous de la légende amérindienne : Le colibri n’était pas le feu à lui tout seul. Un projet informatique ce n’est pas que le fait d’informaticien mais aussi le fait d’acteurs complémentaires, c’est-à-dire d’autres colibris :

  • Business analysts composants métiers capables d’apporter de la connaissance sur des problématiques diverses (moyens de paiement, juridique, vente, comptable, commercial, marketing…)

  • Chef de projet technique capable d’identifier les compétences techniques requis pour le projet (technologies, langages, framework...), de piloter l’équipe de développeurs, de suivre et de rendre compte de la bonne exécution de chaque étape de la roadmap.

  • Architecte capable d’assurer la cohérence du système d’information sur des projets d’envergure.

Ces précisions importantes doivent nous faire comprendre que les solutions technologiques, même dans l’urgence, ne se conçoivent pas n’importe comment mais avec les bons acteurs et surtout une approche méthodologique associé à une instance de gouvernance dédié.

Pourquoi les solutions technologiques ne doivent pas se concevoir n’importe comment ? Parce que dans tout projet ou activité, il faut une méthode appropriée pour atteindre ses objectifs. Albert Einstein disait d’ailleurs à juste titre « Si j’avais une heure pour résoudre un problème dont ma vie dépende, je passerais 40 minutes à l’analyser, 15 minutes pour en faire la revue critique et 5 minutes pour le résoudre. ». Agissons donc avec méthode. Interrogeons-nous sur les créations de valeur que nous proposons et leur opportunité, les choix de nos produits et le cadrage du projet d’une solution informatique avant d’agir. Structurant les jalons projet, les livrables. Mettant en place un suivi dans le développement, le testing et la livraison du produit. Soyez-en convaincus, ce ne sera pas un luxe ni une perte de temps. Les effets s’en feront ressentir tout au long du projet et on y gagnerait surtout en qualité.

C’est l’occasion pour moi de préciser qu’en Afrique, les digitals champions de demain ne seront pas les développeurs mais des stratèges qui chercheront à répondre à un besoin sociétal par le biais de la nouvelle technologie certes mais en intégrant des compétences métiers complémentaire et une approche méthodologique sérieuse.

III- L’Afrique, un continent insuffisamment préparé


Ma réflexion part d’un constat que tout le monde a pu faire et surtout voir face à la crise du corona virus : l’Afrique ne s’était pas préparée face à une telle situation. Preuve en est que le système économique du continent a largement été touché en un laps de temps. Pour être prêt à l’avenir, il faut se préparer maintenant et réinventer un nouveau modèle économique. Demain se prépare aujourd’hui.

1- Absence de plan de continuité d’activité en Afrique

Dans plusieurs pays africains, et plus particulièrement au Congo-Brazzaville, Le confinement a mis à nu le manque de méthode préventives, l’absence de réflexion préalable.

En effet, à ce jour des nombreuses sociétés aussi bien publiques que privées tournent au ralenti et certainement sont en arrêt d’activités, faute d’avoir prévu un plan de riposte relatif à la continuité d’activités. A ce jour, plus de la moitié des emplois en Afrique sont menacés par les retombées du coronavirus. Les ravages économiques ne font qu’augmenter en termes de pourcentage et l'impact est déjà trop fort avec des milliers d'emplois menacés


Plusieurs responsables d’entreprises sur le continent sont désorientés faute d’avoir prévu un programme de continuité d’activités en temps de crise. A l’opposé d’autres patrons, surtout ceux venant d’Europe semblent être plus tranquille, parce que mieux outillés, et ayant pris le temps de se préparer. Ils profitent au mieux des avantages économiques qu’offre cette situation et adoptent un plan managérial bénéfique pendant mais prépare également l’après corona virus.


Plutôt que de subir cette crise sur le plan économique, le mieux pour l’Afrique serait, même si cela ne plaît pas à tout le monde de l’entendre dire, de s’inspirer des exemples des entreprises Françaises en temps de crises. J’ai bien dit s’inspirer et non copier car les réalités en termes d’infrastructures et autres ne sont pas les mêmes. En effet, plusieurs entreprises françaises dans le monde ont compris l’intérêt du télétravail concernant tout le personnel de l’entreprise pendant le temps de confinement en mettant en place un plan de continuité d’activité (PCA). Ce mécanisme a le mérite d’anticiper les crises et protéger l’entreprise en limitant le préjudice économique tout en préservant son personnel.


Au sein de Valauris Consulting Africa nous travaillons déjà à distance avec nos confrères de France. Nos documents de travail sont dématérialisés et stockés dans le cloud et accessible via Dropbox. Le zéro papier pour nous est déjà une réalité. Pour faciliter le télétravail, la direction a fait de la connexion internet des salariés une priorité qui d’ailleurs est prise en charge par l’entreprise. La crise du corona virus ne nous impacte pas directement mais plutôt nos clients et prospects.


2- Nécessité de réinventer un nouveau modèle économique

Le confinement en Afrique n’est pas vécu de la même manière que le confinement en Europe. C’est la raison pour laquelle les solutions à apporter ne seront pas les mêmes. Face à l’ordre de rester chez soi, le plus dure reste d’établir un plan organisationnel pour faire fonctionner l’activité économique dans un continent où le courant et l’internet sont des vrais freins au développement.


En effet, contrairement au confort des entreprises en France, l’internet et l’électricité est un vrai casse-tête pour les entreprises en Afrique. Il arrive régulièrement des coupures de courant allant de 3 à 4 fois par jour dans certains pays, voir même deux à trois jours sans électricité, un jour sur deux, ce phénomène est un réel manque à gagner pour les activités de l’entreprises même avec le télétravail en ce temps de confinement, indépendamment de la volonté du personnel de l’entreprise, il y a interruption de travail.


C’est dans ces contraintes que nous devons réinventer notre modèle économique et faire de la prospective. On utilisera certes les mêmes outils technologiques qu’ailleurs (télétravail, vidéoconférence, classe virtuelle, vente sur internet.) mais appliqué à nos réalités (full digital ou phygital ?). Cette crise est un véritable accélérateur de changement qui doit nous permettre de nous réinventer non pas individuellement mais tous ensemble à l’image de la légende du colibri. Il est de la responsabilité de chaque acteur social de faire avancer les choses et, de dessiner un nouveau modèle économique pour l’Afrique et par l’Afrique. Non pas individuellement mais de façon collective. Soyez le colibri de l’Afrique et enrichissez les réflexions qui vont venir dans les prochaines semaines sur les axes économiques stratégiques cités plus haut et d’autres que vous proposeriez :

1- Consommateurs /Entreprises & Salariés- Employeurs

2- Ecole-Elèves-Etudiants

3- Administrateurs -administrés

4- Santé-patients (Téléconsultation…)